Courrier des internautes
Ah, super (oups !) site, très belle présentation sobre et claire, bravo, bravo ! C’est comme si les académiciens venaient jusqu’à moi, j’en suis touchée. Je vous lis avidement pour éclairer ma lanterne d’exilée qui n’a guère que sa french radio pour se mettre au courant de ce qui se dit. J’y entends souvent des expressions qui me semblent calquées sur l’anglais, comme par exemple (je les note quand je peux) : « …On n’est pas addict à sa console… pour checker que tout va bien… vous êtes en train de squeezer ma question… »
Il me semble qu’il n’y a pas toujours de mot français équivalent.
Anne H., Lancaster (22 novembre)
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:(Vous fustigez les racines anglo-saxonnes et louez les grecques et latines, mais l’anglais a aujourd’hui la même influence sur notre langue que celle qu’exerçait sur notre langue le latin au moment de l’Empire romain... Que dire aussi de ce que vous nommez les « emplois abusifs » : ils enrichissent tout autant la langue qu’ils la trahissent : c’est aussi comme cela qu’une langue évolue, par « dérivation ». Les erreurs d’aujourd’hui sont les normes de demain...
Il y a d’un côté ce qui est « grammatical » et de l’autre ce qui est « normatif ». « Je travaille sur Paris » se comprend grammaticalement, même si la norme est de dire « à Paris »... N’est-ce pas un appauvrissement que de proscrire l’emploi de « sur » ? de ne proposer qu’une seule solution quand il pourrait y en avoir deux ?
Quentin B., Paris (30 novembre)
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Bloc-notes

Souvent on a répété, après Heidegger, qu’on ne peut pas philosopher dans toutes les langues, en particulier que le français ne disposait pas des ressources par exemple de l’allemand. Donc qu’il fallait en passer par le décalque, voire la simple importation de termes pour une fois pas anglais, mais toujours venus d’ailleurs, et la génération de Sartre l’a pratiqué jusqu’à la caricature. Pourtant la langue française dispose de ressources que l’ignorance seule nous interdit d’utiliser. Quelques exemples devraient suffire à le montrer.
Soit la différence ontologique, entre Sein et Seiendes, supposée intraduisible (et qui le reste en anglais où l’on doit recourir à des subterfuges, comme Being/being ou Being/beings), à moins d’un inélégant néologisme moderne, étant. Or cette distinction entre être, entendu dans sa verbalité, et l’étant, ... c’est-à-dire « toutes choses », en tant qu’elle est substantivement à partir de la mise en œuvre du verbe par son participe présent, remonte au moins à Scipion Dupleix, historiographe d’Henri IV, dans sa Logique de 1603, elle-même partie d’un cours complet de philosophie, qui comprenait, en français, tout l’édifice technique de la scolastique, avec une Métaphysique précisément (1610), une Physique (1603) et une Éthique (1610). Descartes n’a donc pas tout commencé avec le Discours de la Méthode (1637), comme l’on dit en oubliant, entre autres, Montaigne, Charron, Silhon. Voilà pour l’antiquité du français philosophique.
Mais il y a aussi des privilèges du français contemporain en philosophie. Pour la différence justement, nous pouvons distinguer (faire la différence donc) aujourd’hui entre la différence, qui se borne à constater l’écart d’un terme à l’autre, et la différance qui, participe présent du verbe différer, indique le mouvement actif de se séparer ou de retarder temporellement (différer en un autre sens, à l’oreille indiscernable du premier), marquant ainsi non seulement le différend (le conflit possible entre termes non identiques parce que incompatibles), mais aussi la temporalité et le retard de la présence. Or les philosophes savent bien que la question de l’être (et donc la différence ontologique) relève intrinsèquement de la question du temps : ainsi le français peut dire la différence comme différant, dans sa temporalité intime – mieux que l’allemand ou l’anglais. De la même façon le français peut, et c’est de très bonne langue, rétablir dans l’essence, que l’entente commune borne à un substantif, la verbalité d’être en l’écrivant à partir du participe, sous la graphie d’essance, le procès actif d’entrer dans l’état de ce qui est (au-delà de la distinction entre essence et existence, qui oppose et juxtapose ce qui s’entr’appartient).
Et d’ailleurs, comment penser la temporalité de ce qui est, l’étant ? Car enfin l’étant, « toutes les choses », n’est présent qu’en ne restant pas toujours présent, mais sortant du futur et passant au passé indissolublement. Pour nous le présent présente justement la caractéristique de ne pas rester présent, mais de surgir et disparaître. Or cela, le français le dit parfaitement avec l’ambivalence de présent, qui indique d’un coup ce qui demeure dans la présence et ce qui n’y entre que comme un don venu d’ailleurs (le futur) et destiné à ailleurs (le passé). N’y aurait-il de présent que donné ? Mais alors il faudrait prêter attention à tout le lexique du don – le don, qui renvoie certes au donné sans s’y identifier, à l’adonné qui le reçoit en s’y redonnant (d’où la redondance), tous appartenant à la donation, qu’on ne confondra pas avec la dation qui s’en affranchit par un paiement libératoire.
Seule l’inattention à la langue explique qu’on ait des difficultés à penser philosophiquement en français.
Jean-Luc Marion
de l’Académie française
-issime (superlatif en)
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- Catégorie : Emplois fautifs
La formation de termes à valeur superlative à l'aide du suffixe –issime, emprunté à l'italien et, à travers lui, au latin, est à la mode.
Si Bellissime, Richissime, Élégantissime sonnent comme de plaisants italianismes, le procédé marque une inutile emphase lorsqu'on applique ce suffixe à des termes dont le sens, très fort, n'appelle pas de superlatif.
Ainsi Génialissime, Sublissime (ou sublimissime), Urgentissime sonnent tout simplement « ridiculissime ».
Fuiter
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- Catégorie : Néologismes & anglicismes
Ce néologisme se répand au fur et à mesure que sont divulguées des informations confidentielles. Faire fuiter un sujet d’examen, Son nom a fuité, Laisser fuiter un document diplomatique.
Le terme de Fuite, bien installé dans l’usage en ce sens figuré, est le seul qui doit être employé. On dira Il y a eu une fuite, des fuites provenant de…, Une fuite a permis la publication, la diffusion de…, Son nom a été divulgué en raison d’une fuite, etc.
On pourra également utiliser le verbe Filtrer, pris au sens figuré de Se répandre, parvenir à être connu en dépit d’obstacles divers. La nouvelle a filtré malgré les précautions prises.
Halluciner
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- Catégorie : Extensions de sens
L’habitude fautive s’est répandue de dire J’hallucine pour signifier tout simplement que l’on est très étonné ou, pour employer des expressions consacrées, que « l’on n’en croit pas ses yeux ou ses oreilles », que « l’on croit rêver ».
Le verbe halluciner, d’un emploi peu courant, a nécessairement pour sujet un terme désignant une substance aux effets hallucinogènes. La mescaline hallucine ceux qui en font usage (on dira plus couramment qu’elle provoque des hallucinations ou est hallucinogène).
Dîner par coeur
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- Catégorie : Les bonheurs et les surprises
La langue familière a créé anciennement cette locution pour dire Se passer de manger, N’avoir pas de quoi manger. Faisant peut-être de l’imagination et de la mémoire les recours d’un estomac vide, elle constitue une variante de Dîner avec les chevaux de bois.
Le remède réside sans doute dans le sommeil puisque, comme l’indique la sagesse populaire, Qui dort dîne.
