Courrier des internautes
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« To save » signifie le plus souvent « garder, conserver » et, en langue soutenue seulement, « sauver », au sens latin du terme (d’un danger...), sens français aussi, je crois. Donc « sauver la date » est une traduction aussi ridiculement que grossièrement fautive, que M. de Broglie est bien délicat de qualifier seulement d’hyperbolique – retraduit en anglais, cela donnerait « rescue the day ».
Brunot L., Dax (28 janvier)
Save the date
- Détails
- Écrit par Gabriel de Broglie
Paradoxe de l’emploi de la langue : alors que les anglophones nous font l’emprunt du mot « rendez-vous » pour les rencontres agréables, nous, francophones, après avoir inventé le peu explicable « smoking » dont l’équivalent anglais est black tie, sommes tentés de chiper l’expression de save the date en toute occasion.
Mais l’échange paraît guindé. Car un « save the date » adressé pour une inauguration, une cérémonie ou un vernissage n’a pas la courtoisie de la parole qu’on se donne, à deux ou à plusieurs, de se retrouver en des date et lieu déterminés.
C’est une injonction pressante, autoritaire et non négociable de se rendre disponible, comme une assignation pour un duel ou une injonction d’assister à un mariage. L’expression anglaise est aussi la même pour sauver la planète, les éléphants ou toute autre entité menacée d’extinction.
Alors, au lieu de l’hyperbole tyrannique de « sauvez la date », préférons retrouver courtoisie et sens commun. « Prenez date », respecterait précisément la perspective probable ou certaine des événements. Mais un usage s’est déjà installé que les imprimeurs d’invitations connaissent bien et qui invite gentiment à la prévoyance.
C’est « gardez la date ». Pourquoi en chercher un autre ?
Gabriel de Broglie
de l’Académie française
Chancelier de l’Institut de France
