Le dictionnaire
Courrier des internautes
Que devons-nous penser des expressions approximatives suivantes : un constructeur automobile (un constructeur qui se meut par ses propres moyens ?) et un éleveur porcin (un éleveur à l’allure porcine ?) sont accueillis à la télévision, en plateau (réduits à l’état de crêpes ?), et, enfin, remerciés d’avoir été nos invités (quelle élégance !) ? Devons-nous accepter de subir cela à longueur d’année ?
Bernard H.
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Ah, super (oups !) site, très belle présentation sobre et claire, bravo, bravo ! C’est comme si les académiciens venaient jusqu’à moi, j’en suis touchée. Je vous lis avidement pour éclairer ma lanterne d’exilée qui n’a guère que sa french radio pour se mettre au courant de ce qui se dit. J’y entends souvent des expressions qui me semblent calquées sur l’anglais, comme par exemple (je les note quand je peux) : « …On n’est pas addict à sa console… pour checker que tout va bien… vous êtes en train de squeezer ma question… »
Il me semble qu’il n’y a pas toujours de mot français équivalent.
Anne H., Lancaster (22 novembre)
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Merci pour votre belle initiative.
Il y a une autre tendance « branchée » et un peu ridicule depuis quelques années […] qui consiste à utiliser un numéro pour désigner son département.
Ainsi, on découvre avec effroi que les gens travaillent dans le 9-3, ou habitent le 85.
Il me semble pourtant que l’on ne réside pas dans un numéro mais sur un territoire doté d’un nom, porteur d’histoire et de géographie.
Jérôme D., Luxembourg (7 janvier)
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Les bonheurs et les surprises de la langue française
Rocoquiller
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Verbe ancien et familier, devenu rare, que signifie Recoquiller ? Retrousser en forme de coquille. On l’a dit des bords d’un chapeau, des feuillets d’un livre, puis des fleurs ou des feuilles des plantes.
Buffon parle des sapajous qui « recoquillent ou développent à volonté le bout de leur queue ». On observe que « les mauvais vents recoquillent les feuilles des arbres » ou que « ces fleurs s’épanouissent la nuit et se recoquillent pendant le jour ».
Citons enfin ce proverbe dont l’ancienneté ne dément pas la justesse : « Il n’y a point de si petit ver qui ne se recoquille si l’on marche dessus », il n’y a point de si petit ennemi qui ne songe à se défendre et à nuire quand on l’attaque.
Paquebot
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Rien dans la consonance du mot paquebot n’indique que nous l’avons emprunté à l’anglais packet-boat, où se retrouve d’ailleurs un sens ancien du français paquet, désignant un ensemble de lettres portées par le courrier. Le paquebot, avant qu’il ne soit ce grand navire transportant des passagers sur les mers et les océans, fut d’abord un bateau postal.
Exemple d’un processus de francisation qui n’est pas exceptionnel, paquebot montre que les échanges contribuent à enrichir les langues lorsque chacune fait évoluer le mot selon son génie propre.
Ribouis
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Les mots familiers ne manquent pas pour désigner les chaussures ou, comme l’on ne dit plus guère, les souliers.
Parmi ceux-là, Ribouis, terme populaire peu connu, possède une consonance savoureuse et une étymologie amusante.
Il serait issu, par l’intermédiaire de mots aujourd’hui disparus, de Buis. Le bois de buis ayant été utilisé pour façonner un outil de cordonnier, Ribouis en est venu à désigner celui qui fabrique les chaussures, puis la chaussure elle-même, de préférence le vieux soulier, le soulier rapiécé.
À six heures de l'après-midi, du soir
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Midi et demi, Trois heures de l’après-midi, Dix heures du soir : telle est la manière traditionnelle, simple et précise d’annoncer l’heure lorsque midi est passé.
Réservons aux circonstances où elles sont rendues nécessaires par des nécessités pratiques les administratives formules chiffrées 12 heures 30, 15 heures, 22 heures. Midi dit plus que 12 heures.
Récital
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Bien des mots anglais ont une origine française. Il en va ainsi de Récital que l’anglais a fait dériver d’un verbe to recite, lui-même emprunté du français réciter. Le recital anglais a d’abord désigné un récit avant de prendre le sens que le français a retenu au XIXe siècle. Le récital d’un chanteur. Un récital d’orgue.
Bonheur-du-jour
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Certains mots ont un charme évocateur. Ainsi ce nom de Bonheur-du-jour, désignant un bureau de dame du XVIIIe siècle, servant à la fois d’écritoire et de meuble de rangement pour papiers et objets précieux, posé sur quatre pieds fins reliés par une entretoise, évoque les habitudes et les plaisirs de temps révolus.
Autre bonheur, les deux explications données à la formation du mot lui-même : ou bien l’enthousiasme et le plaisir que souleva en son temps ce nouveau meuble, ou bien la place qu’on lui réservait, non loin d’une fenêtre, pour qu’il soit éclairé par la lumière du jour.
La pourpre, le pourpre
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Féminin ou masculin ? Pour ce mot comme pour bien d’autres, le genre permet de distinguer deux sens.
La pourpre est ce colorant d’un rouge foncé dont on teignait des étoffes réservées aux plus hauts personnages et qui est devenu symbole de dignité souveraine. Un manteau de pourpre. La pourpre impériale, cardinalice, romaine.
Le masculin Le pourpre s’emploie pour désigner la couleur rouge obtenue par l’usage de la pourpre ou d’autres pigments, ainsi que dans des sens techniques et spécialisés. Le pourpre et l’azur.
Dîner par coeur
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La langue familière a créé anciennement cette locution pour dire Se passer de manger, N’avoir pas de quoi manger. Faisant peut-être de l’imagination et de la mémoire les recours d’un estomac vide, elle constitue une variante de Dîner avec les chevaux de bois.
Le remède réside sans doute dans le sommeil puisque, comme l’indique la sagesse populaire, Qui dort dîne.
Paraguante
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Le petit présent fait en reconnaissance de quelque service, que nous appelons aujourd’hui couramment pourboire, était, à l’époque classique, parfois désigné par le mot de paraguante. On le prononce paragouante, puisqu’il viendrait d’une expression espagnole, « dar para guantes », proprement « donner pour acheter des gants », puis « donner un pourboire ».
Rassoter
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Ce verbe, un peu vieilli, formé sur l’ancien assoter, « rendre sot », exprime, avec une nuance plaisante, la même idée que « infatuer ». Rassoter quelqu’un, c’est le prévenir en faveur d’une personne avec tant d’insistance et d’excès qu’on finit par lui faire perdre tout jugement, toute mesure. On l’a tant rassoté de cette fille qu’il a fini par l’épouser.
Il se trouvera bien des occasions pour employer également ce verbe à la forme pronominale ou au participe passé. Comment a-t-elle pu se rassoter de ce bellâtre ? se prendre pour lui d’un goût si peu fondé ? Une mère rassotée de son fils, en qui l’amour maternel a banni la clairvoyance.
